mardi 24 novembre 2020

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Œuvres d'Art Célèbres - Arnold Böcklin


L´Île des Morts

Arnold Böcklin

Titre: L´Île des Morts

Date: 1886

Dimension: 150.0 x 80.0 cm

L’Ile des Morts demeure la toile la plus célèbre du peintre suisse Arnold Böcklin et l’une des peintures les plus énigmatiques jamais réalisées. Son titre, déjà, interpelle le spectateur. L’artiste lui propose de découvrir sa vision de l’au-delà, de voir à quoi ressemble cet « après » mystérieux du commun des mortels, sans connotation strictement religieuse. Pour autant, cette vision se réduit à une île que le spectateur voit de loin et qu’il n’est pas invité à visiter. Son heure n’est pas encore venue de savoir ce qui l’attend après la vie. Cette toile fut commandée en 1880 par une certaine Marie Berna, amie de Böcklin et veuve d’un diplomate allemand, en hommage à son défunt mari. La notice de l’œuvre, présente sur le site du Metropolitan Museum of Art, où l’une des versions de cette œuvre est conservée, nous apprend qu’elle rendit visite à Böcklin en Italie, où celui-ci travaillait sur une version encore incomplète de la toile, et lui demanda de rajouter la silhouette de la femme drapée en blanc ainsi que le cercueil devant elle. La femme semble donc accompagner son époux vers l’au-delà, rejoignant l’île en barque. La thématique même de cette toile remonte jusqu’à la mythologie grecque, dans laquelle les morts passaient de la vie terrestre aux Enfers au terme d’un voyage sur la rivière Styx, à bord d’une barque guidée par Charon, personnage chargé de conduire les morts à leur dernière demeure. Böcklin reprend donc cette image traditionnelle qu’il adapte aux souhaits de la commanditaire et s’appuie sur de forts contrastes pour dramatiser l’ensemble. D’abord, dans la forme, l’île des morts s’inscrit dans de fortes verticales marquées en particulier par les grands arbres au centre et les rochers qui s’élèvent. Ce monde s’oppose aux douces horizontales du ciel nuageux et du flot de la rivière ; l’île se dresse littéralement dans le paysage. Il existe également un contraste des couleurs, entre le ciel et l’eau de la rivière qui sont peints dans des teintes sombres, les rochers qui semblent baigner dans une forte lumière dont on ne saurait deviner la source, et la masse des arbres au centre qui semblent faire barrage au spectateur. Enfin, on remarque la grande différence d’échelle entre la taille de l’île, qui s’impose au regard de manière presque démesurée et occupe la plus grande partie de la toile, et la taille des personnages sur la barque, qui paraissent, eux, bien insignifiants. L’artiste cherche bien entendu à créer visuellement une rupture entre le monde des vivants et le monde des morts. Si le spectateur peut l’apercevoir, il est en revanche impossible de savoir ce qui s’y passe réellement. Où sont les autres âmes défuntes ? Que font-elles ? Existe-t-il une divinité sur cette île ? Que cachent surtout ces grands arbres qui se dressent devant nous ? L’île semble déserte, véritablement dépourvue de vie, à l’exception de la silhouette énigmatique d’un chien, montant la garde aux abords de l’île, tel le Cerbère de la mythologie grecque. Mais quel secret garde-t-elle encore ? En peignant la rivière au premier plan, Böcklin fait comprendre au spectateur qu’il devra lui aussi effectuer ce voyage pour découvrir le mystère de cette île. Fortement empreinte de symbolisme, cette toile est également un hommage à l’esprit romantique et réutilise d’une certaine manière le concept du sublime ; cette île des morts, qui est par extension la représentation sensible de l’au-delà, est insondable, inatteignable pour le spectateur et elle se dresse devant lui de manière effrayante. Elle dépasse le sentiment de sublime face à la puissance de la nature, elle est surnaturelle, dans tous les sens du terme. A noter que cette toile est déclinée en plusieurs versions, réalisées par Arnold Böcklin jusqu’en 1886, et qu’elle inspirera à Rachmaninov la composition d’un poème symphonique en 1909.

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